LE PANIER DE LAN
FRAGMENTS DES VEILLEURS
Chroniques de la Vallée des Brumes — I
Xī Yǔ — 息语
Une parole quitte une bouche.
Le village lui prête cent pas.
Au retour, elle ne reconnaît plus son nom.
La première fois que Lan sortit chercher de l’eau, elle revint avec une jarre.
La deuxième fois, avec une jarre, trois racines de navet, un morceau de viande fumée et la nouvelle que Hao avait probablement été choisi par le ciel.
La troisième fois, elle décida de prendre un panier.
Cela lui éviterait, pensa-t-elle, d’avoir à transporter les absurdités une par une.
Dans la hutte, Hao dormait enfin.
Ou quelque chose qui ressemblait suffisamment au sommeil pour que Mei cesse de lui toucher le front toutes les dix respirations.
Lan se tenait près de l’entrée.
Elle regarda sa sœur.
Mei était assise à côté de la couche, jambes croisées, les cheveux mal retenus, une mèche collée à la joue. Depuis l’orage, elle semblait avoir oublié que les êtres humains mangeaient, dormaient et changeaient parfois de position autrement que pour atteindre un malade.
Lan prit la jarre vide.
— Je vais chercher de l’eau.
Mei ne leva même pas les yeux.
— Il en reste.
— Alors je vais chercher de l’eau qui ne soit pas presque terminée.
Pas de réponse.
Lan soupira.
Hao ouvrit un œil.
— Ramène quelque chose à manger.
Mei tourna aussitôt la tête.
— Toi, tu ne mangeras pas beaucoup.
— Je parlais pour Lan.
— Enfin un malade raisonnable, dit-elle.
— La foudre améliore peut-être le caractère.
— Elle n’a manifestement pas terminé son travail.
Un sourire faible passa sur le visage de Hao.
Mei lui remit la peau sur l’épaule.
Lan regarda les deux.
Elle aurait pu dire quelque chose.
Elle avait même plusieurs possibilités.
Elle choisit la charité.
— Je reviens.
Puis elle sortit.
Le soleil avait commencé à sécher la boue, mais le village portait encore l’orage.
Des branches couvraient certains passages. Une partie du toit de Tao avait perdu ses roseaux. Près du vieux pin, l’écorce noircie semblait montrer au ciel l’endroit où il avait frappé.
Et partout, des gens parlaient.
Lan n’avait encore parcouru que dix pas lorsqu’une femme l’appela.
— Lan !
Elle continua.
— Lan !
Elle continua encore.
— Je sais que tu m’entends !
Lan s’arrêta.
Elle se retourna.
La femme de Tao arrivait derrière elle avec un enfant accroché à sa tunique.
— Comment va Hao ?
— Vivant.
— Oui, mais comment ?
Lan considéra la question.
— Principalement en respirant.
La femme fronça les sourcils.
— Je veux dire… est-ce qu’il parle ?
— Quand personne ne l’en empêche.
— Il a dit quelque chose sur la foudre ?
— Il a surtout demandé à boire.
La femme sembla déçue.
— Rien sur les esprits ?
— Pas encore. Je te préviens s’il commence à réciter les secrets du ciel.
L’enfant tira sur la tunique de sa mère.
— Mère, tu as dit que la lumière était entrée dans son ventre.
La femme rougit.
Lan regarda l’enfant.
— Ta mère dit beaucoup de choses.
— Toi aussi.
Lan sourit.
— Voilà un enfant qui vivra vieux s’il apprend quand se taire.
Elle reprit sa marche.
Derrière elle, la femme de Tao dit à quelqu’un :
— Lan affirme qu’il parle normalement.
Une autre voix répondit :
— Alors le ciel ne lui a pas pris la parole.
Lan ferma les yeux une seconde.
Dix pas.
Il avait fallu dix pas pour que sa phrase commence à changer.
Elle poursuivit jusqu’au puits.
Trois femmes s’y trouvaient déjà.
Elles cessèrent de parler lorsqu’elle approcha.
Ce silence-là était toujours instructif.
Lan posa sa jarre.
— Continuez. J’aime savoir ce que je vais apprendre sur ma propre famille.
Mère Sui eut l’élégance de ne pas sourire.
Les deux autres regardèrent ailleurs.
L’une d’elles demanda :
— Mei dort-elle un peu ?
— Non.
— Elle devrait.
— Dis-le-lui.
— Je préfère garder mes dents.
Lan approuva.
— Sage décision.
Elle descendit le récipient dans le puits.
La corde glissa entre ses mains.
— On dit qu’elle a touché Hao à plusieurs endroits, reprit finalement la deuxième femme.
Lan remonta l’eau.
— Mei touche beaucoup les gens. C’est généralement ce qui arrive lorsqu’on les soigne.
— Mais pas seulement là où il était blessé.
Lan posa le récipient.
Voilà.
Ils y étaient.
Elle avait déjà entendu la phrase deux fois ce matin.
La première venait d’un enfant qui l’avait probablement reçue de son père.
La deuxième d’un homme qui jurait ne rien savoir.
— Qui dit cela ?
La femme haussa les épaules.
— Les gens.
Lan détestait les gens.
Ils n’avaient jamais de nom lorsqu’il fallait répondre de ce qu’ils racontaient.
— Les gens devraient couper davantage de bois. Cela leur laisserait moins de souffle pour parler.
Mère Sui tendit à Lan deux racines.
— Prends-les.
— Pourquoi ?
— Parce que ta sœur oubliera encore de manger.
Lan prit les racines.
— Tu vois ? Voilà une information exacte.
Elle les posa près de la jarre.
La première femme baissa la voix.
— Bao dit que Ji va lire les cendres de l’arbre pour savoir si Hao peut encore chasser.
Lan regarda lentement vers l’abri des chasseurs.
Bao se trouvait à l’autre bout du village.
Il portait une poutre avec deux hommes.
Et parlait.
Naturellement.
— Bao dit beaucoup de choses lui aussi.
— C’est vrai ?
— Quoi ?
— Que Ji doit regarder les cendres avant que Hao reparte ?
Lan prit sa jarre.
— Je vais demander aux cendres.
Elle partit avant que les femmes puissent continuer.
À mi-chemin, Bao la vit.
Erreur.
Il posa sa poutre.
— Lan !
Elle accéléra.
— Lan !
Elle continua.
— Je voulais justement te parler !
— C’est précisément ce que j’essaie d’éviter.
Il la rejoignit.
Bao avait l’air d’un homme qui venait de découvrir une information dont le monde pouvait difficilement continuer à tourner sans être averti.
— Comment va Hao ?
— Toujours vivant.
— Bien.
Il hocha la tête avec gravité.
— Très bien.
Lan attendit.
Bao regarda autour de lui.
Puis baissa la voix.
— Ji a demandé les cendres de l’arbre.
— Il est chaman.
— Oui.
— Les chamans ont une relation inquiétante avec les cendres.
— Ce n’est pas ça.
Lan reprit sa marche.
Bao la suivit.
— Il veut savoir si Hao peut repartir chasser.
— Bao.
— Quoi ?
— Si Hao essaye de repartir chasser aujourd’hui, Ji n’aura pas besoin des cendres.
— Pourquoi ?
— Mei le tuera elle-même.
Bao réfléchit.
— C’est raisonnable.
Ils arrivèrent près du foyer commun.
Une femme remuait une bouillie épaisse dans un pot de terre.
Elle tendit à Lan un morceau de viande fumée.
— Pour Hao.
— Mei ne le laissera presque pas manger.
— Alors pour Mei.
— Elle oubliera.
— Alors pour toi.
Lan prit la viande.
— Enfin quelqu’un qui comprend le fonctionnement de cette famille.
Elle la posa avec les racines.
Le panier n’était pas encore là, mais il devenait nécessaire.
Bao regarda la viande.
— Tu sais ce qu’a dit Nuo ?
Lan ferma les yeux.
— Je sens que je vais le savoir.
— Elle dit que si Mei a gardé Hao vivant après la foudre, elle pourrait peut-être faire quelque chose pour sa poitrine.
Cette fois, Lan ne plaisanta pas.
La vieille Nuo toussait depuis aussi longtemps que Lan se souvenait d’elle.
Une toux qui parfois restait petite, sèche, presque polie.
Et parfois la pliait en deux jusqu’à lui faire perdre le souffle.
— Où est-elle ?
Bao montra du menton une hutte plus basse.
— Elle était là tout à l’heure.
Lan regarda dans la direction indiquée.
Quelque chose changeait.
Une rumeur était une chose.
La douleur d’une vieille femme en était une autre.
— Mei n’a pas gardé Hao vivant toute seule.
Bao haussa les épaules.
— Je sais.
Lan tourna la tête vers lui.
— Tu le sais ?
— Oui.
— Dis-le encore.
— Quoi ?
— Que tu le sais.
Bao fronça les sourcils.
— Je sais.
— Bien. Essaie de t’en souvenir lorsque tu parles aux autres.
Il eut l’air offensé.
— Je ne raconte pas n’importe quoi.
Deux enfants passèrent en courant.
L’un cria à l’autre :
— Bao dit que Hao ne doit plus chasser avant que Ji parle à l’arbre !
Lan regarda Bao.
Bao regarda les enfants.
Puis Lan.
— Cela ressemble davantage à ce que j’ai dit que je ne le voudrais.
Lan lui tapota l’épaule.
— Tu progresses.
Elle poursuivit sa route.
Elle trouva un panier près du foyer des femmes.
Personne ne sut exactement à qui il appartenait, ce qui signifiait qu’il appartenait momentanément à Lan.
Elle y mit la viande, les racines, un petit sac de graines qu’une femme lui confia, deux morceaux de tissu propre et une poignée de feuilles amères dont Mei aurait probablement besoin.
Le panier commençait à peser.
Les paroles davantage.
Sur le chemin du retour, elle croisa la femme de Tao.
Encore.
— Lan !
— Non.
— Je n’ai rien demandé.
— Alors continue.
— Ma fille a arrêté de pleurer hier quand Ji est passé devant notre hutte.
Lan ralentit malgré elle.
— Et ?
— Peut-être que les esprits étaient avec lui.
Lan regarda l’enfant.
Elle suçait deux doigts, parfaitement satisfaite de sa place dans le monde.
— Peut-être que ta fille avait terminé de pleurer.
La femme parut troublée par la simplicité de cette hypothèse.
— Elle pleurait depuis longtemps.
— Les enfants font souvent cela.
— Et elle s’est arrêtée juste au moment où Ji est passé.
Lan considéra Ji, visible au loin près de l’arbre frappé.
Puis l’enfant.
Puis la mère.
— Si Ji peut arrêter les enfants de pleurer seulement en passant devant les huttes, nous devrions lui trouver une occupation régulière.
La femme rit malgré elle.
Lan repartit.
Cette fois, elle entendit derrière son dos :
— Lan dit que ce n’était probablement pas les esprits.
Puis une voix d’homme :
— Elle n’aime pas Ji.
Lan s’arrêta.
Elle faillit revenir.
Puis changea d’avis.
Certaines batailles ne pouvaient pas être gagnées avec un panier dans les mains.
Elle contourna la hutte de Tao.
Deux garçons étaient accroupis près d’une flaque.
Lorsqu’ils la virent, ils se turent.
Encore.
— Quoi ?
Le plus petit désigna le panier.
— C’est pour Hao ?
— Non. Je quitte le village.
Il ouvrit de grands yeux.
L’autre lui donna un coup de coude.
— Elle plaisante.
— Comment sais-tu ?
— Lan plaisante toujours quand elle a l’air fâchée.
Lan regarda l’enfant.
— Toi, en revanche, tu vivras moins vieux.
Le garçon sourit.
Puis son regard changea.
— C’est vrai qu’Hao brille la nuit ?
Lan resta immobile.
— Quoi ?
— Rui dit qu’il y a de la lumière sous sa peau.
— Rui a vu Hao ?
— Non.
— Alors comment sait-il ?
L’enfant réfléchit.
— Son frère a parlé à Tao.
— Tao a vu Hao ?
— Je ne sais pas.
Lan posa le panier au sol.
— Viens ici.
Les deux enfants approchèrent.
— Hao ne brille pas.
— Même un peu ?
— Seulement quand son orgueil prend feu.
Ils rirent.
— La foudre n’est pas restée sous sa peau. Il est blessé. Il a mal. Il dort beaucoup. Mei le soigne. Voilà.
Le plus petit regarda vers la hutte.
— Mais il va vivre ?
Lan sentit quelque chose se serrer en elle.
Elle regarda les deux visages.
Voilà ce qui se cachait sous beaucoup de rumeurs.
Pas seulement l’envie de raconter.
La peur.
La peur avait besoin d’histoires parce qu’un simple accident était parfois trop difficile à regarder.
— Mei pense que oui.
— Elle sait ?
Lan pensa à sa sœur.
À ses yeux depuis l’orage.
À ses mains qui vérifiaient sans cesse ce qu’elles croyaient avoir déjà compris.
— Non, dit-elle. Elle pense.
Les enfants semblèrent presque déçus.
Puis le plus grand acquiesça.
— C’est déjà bien.
Lan reprit son panier.
— Oui.
Cette fois, elle rentra directement.
Presque.
À quelques pas de la hutte, une toux l’arrêta.
Trois coups secs.
Puis un quatrième, plus profond.
Nuo était assise sur une pierre.
Son bâton reposait entre ses genoux.
— Tu attends quelqu’un ? demanda Lan.
— Non.
— Tu es assise devant notre hutte.
— Beaucoup de gens sont assis devant beaucoup de huttes.
— Très peu choisissent précisément la nôtre.
Nuo plissa les yeux.
— Ta sœur est occupée.
Ce n’était pas une question.
Lan regarda la vieille femme.
— Oui.
— Avec Hao.
— Oui.
— Il respire ?
— Oui.
Nuo acquiesça.
Puis toussa encore.
Cette fois, plus longtemps.
Lorsqu’elle releva la tête, ses yeux étaient humides.
— Bien.
Lan attendit.
Nuo regarda le sol.
— Je reviendrai.
Et Lan comprit qu’elle n’osait pas demander.
La vieille Nuo, qui demandait toujours.
Qui entrait dans les conversations sans y être invitée.
Qui corrigeait les anciens, les enfants et parfois les morts lorsqu’elle estimait qu’ils avaient laissé une mauvaise réputation.
Elle n’osait pas demander.
Lan posa le panier.
— Tu veux voir Mei.
Nuo eut un mouvement d’humeur.
— Je n’ai pas dit cela.
— Ton silence parle très fort.
— Mauvaise habitude de famille.
— Pourquoi ?
La vieille femme posa une main sur sa poitrine.
— Parce que si elle a entendu quelque chose chez Hao…
Lan se raidit légèrement.
Nuo le remarqua.
— Je ne dis pas que c’est pareil.
— Bien.
— Je ne suis pas idiote.
Lan hésita.
— Cela reste à examiner.
Nuo eut presque un sourire.
Puis la toux revint.
Lan attendit qu’elle passe.
— Reste là.
— Je viens de te dire que je reviendrai.
— Et moi, je viens de décider que tu attends.
Nuo leva les yeux au ciel.
— Depuis que Nara est morte, cette famille est devenue insupportable.
— Nous avons beaucoup travaillé.
Lan ramassa le panier.
Puis entra.
La hutte était exactement comme elle l’avait laissée.
Sauf que Mei avait changé de place.
De très peu.
Hao avait les yeux ouverts.
Il regarda le panier.
— Tu as pillé le village ?
— Seulement les parties utiles.
Mei leva enfin les yeux.
— Tu as mis longtemps.
Lan posa le panier.
— J’ai dû traverser sept versions de l’orage, trois signes des esprits, deux prophéties, une histoire où Hao brille dans la nuit et Bao.
Hao fronça les sourcils.
— Pourquoi Bao est-il une catégorie à lui seul ?
— Parce qu’il le mérite.
Mei regarda le contenu du panier.
— D’où vient la viande ?
— Je ne sais plus.
— Les racines ?
— Mère Sui.
— Les feuilles ?
— Quelqu’un qui croit probablement que tu vas sauver tout le village avant la prochaine lune.
Mei s’immobilisa.
Lan regretta immédiatement la phrase.
Hao aussi l’avait entendue.
Le silence tomba.
Mei regarda ses mains.
— Ils parlent déjà ?
Lan s’assit.
Elle aurait pu raconter toutes les phrases.
Les exagérations.
Les lumières sous la peau.
Le ciel entré dans le ventre de Hao.
Les cendres de Ji.
Elle choisit autre chose.
— Ils ont peur.
Mei releva la tête.
— Ce n’est pas ce que je demande.
— Je sais.
— Qu’est-ce qu’ils disent ?
Lan prit une racine dans le panier et la fit tourner entre ses doigts.
— Tout.
Mei fronça les sourcils.
— Tout quoi ?
Lan regarda Hao.
Puis sa sœur.
Elle pensa aux dix pas nécessaires pour qu’une parole change.
À Nuo assise dehors.
Aux enfants qui voulaient savoir si Hao allait vivre.
À Bao, déjà dépassé par ses propres phrases.
Au village qui ne savait pas encore quoi faire de ce qui venait d’arriver et remplissait le vide avec des histoires.
— Tout ce qui n’est pas arrivé.
Hao eut un faible sourire.
Mei, elle, ne sourit pas.
Lan posa la racine.
— Et Nuo est dehors.
Cette fois, Mei comprit immédiatement.
— Elle veut voir Hao ?
— Non.
Lan regarda sa sœur.
— Elle veut te voir, toi.
Le visage de Mei changea.
À peine.
Mais Lan la connaissait.
La fatigue resta.
La peur aussi.
Quelque chose d’autre venait de s’y ajouter.
La responsabilité, peut-être.
Ou simplement la conscience qu’une porte venait de s’ouvrir et que d’autres personnes attendaient déjà devant.
Hao murmura :
— Tu deviens plus intéressante que moi.
Lan lui jeta un regard.
— Profite. Cela ne durera pas.
Puis elle se releva.
— Je fais entrer Nuo ?
Mei hésita.
Lan attendit.
Dehors, la vieille femme toussa.
Une fois.
Deux fois.
Trois.
Mei ferma les yeux.
Puis les rouvrit.
— Oui.
Lan se dirigea vers l’entrée.
Avant de sortir, elle regarda le panier.
Il était presque vide maintenant.
La viande sur une pierre.
Les racines près du foyer.
Les feuilles entre les mains de Mei.
Les tissus déjà utilisés.
Elle avait rapporté tout ce que le village lui avait donné.
Sauf les histoires.
Celles-là, elle préférait encore les laisser dehors.
Elle souleva la peau de l’entrée.
Nuo l’attendait.
— Alors ? demanda la vieille femme.
Lan s’écarta.
— Entre.
Nuo se leva avec son bâton.
Puis s’arrêta.
— Elle a dit oui ?
— Oui.
La vieille femme baissa brièvement la tête.
Pas comme devant un esprit.
Pas comme devant une guérisseuse.
Comme quelqu’un à qui l’on venait simplement d’ouvrir une porte.
Lan la laissa passer.
Derrière elles, le village continuait de parler.
Il parlerait demain.
Puis après-demain.
Il agrandirait certains gestes.
Il en oublierait d’autres.
Il transformerait des hésitations en certitudes et des accidents en récits.
Lan ne pouvait pas empêcher cela.
Mais en refermant la peau de la hutte, elle comprit qu’elle pouvait peut-être faire une chose.
Revenir régulièrement.
Écouter ce qui se racontait.
Et rapporter à Mei ce qui méritait de franchir le seuil.
Le reste pouvait rester dehors.
Avec la boue.
Avec le vent.
Avec les histoires qui n’étaient pas arrivées.
Pour poursuivre le voyage…
Le Panier de Lan appartient aux Fragments des Veilleurs, ces histoires qui prolongent la vie de la Vallée des Brumes au-delà des pages du roman.
Si vous souhaitez découvrir Mei, Hao, Lan, Ji et comprendre ce qui s’est passé avant que le village ne commence à raconter ses propres histoires :
📖 L’Enfant de la Foudre
Les Veilleurs du Souffle — Tome I
Stéphane J. Bourguignon
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