Xī Yǔ — Quand le souffle devient poème

Une forme poétique née de l’univers des Veilleurs du Souffle

Trois vers.

Une image.

Un mouvement presque imperceptible.

Puis quelques mots qui continuent de résonner après le silence.

C’est ainsi qu’est né le Xī Yǔ, une forme poétique créée pour accompagner les douze tomes de la saga Les Veilleurs du Souffle.

Chaque chapitre s’ouvrira désormais par l’un de ces poèmes brefs. Non pour annoncer ce qui va se produire, ni pour résumer l’intrigue, mais pour en déposer le premier souffle.

Avant que le récit commence, le Xī Yǔ ouvre une attente.

Après la lecture, il révèle un autre sens.

Que signifie Xī Yǔ ?

Le nom s’écrit :

息语 — Xī Yǔ

Dans l’écriture chinoise traditionnelle :

息語

Nous avons choisi de rapprocher deux caractères :

息 — xī évoque le souffle, la respiration, mais aussi l’apaisement, l’arrêt et le repos.

语 — yǔ désigne la parole, le langage, ce qui permet à une pensée ou à une expérience d’être transmise.

Dans l’univers des Veilleurs du Souffle, Xī Yǔ peut ainsi se comprendre comme :

Parole du Souffle

Cette expression ne prétend pas désigner une ancienne forme de la poésie chinoise. Le Xī Yǔ est une création littéraire contemporaine, née aux Éditions L’Ancrage pour accompagner le chemin des Veilleurs.

Son nom chinois ne lui invente pas un passé.

Il lui donne une direction.

Une forme inspirée du haïku, mais libre de suivre sa propre voie

Le Xī Yǔ trouve une partie de son inspiration dans le haïku : sa brièveté, son attention à l’instant, sa présence au monde sensible et sa capacité à faire naître une résonance à partir de très peu de mots.

Le haïku est une forme poétique japonaise traditionnellement associée à trois lignes et à une composition brève, souvent construite autour d’une image ou de la rencontre de deux images.

Nous n’avons cependant pas cherché à le reproduire.

Le Xī Yǔ n’est pas soumis à un nombre fixe de syllabes. Il peut parfois se rapprocher du rythme 5–7–5, mais jamais au prix d’une formulation artificielle.

Sa respiration doit rester naturelle.

Le haïku saisit souvent un instant.

Le Xī Yǔ cherche davantage à écouter ce que cet instant met en mouvement.

Une douleur change de lieu.

Une main hésite avant de se poser.

Une pierre conserve la chaleur d’un être disparu.

Une parole traverse plusieurs générations.

Un geste accompli dans un corps réveille la mémoire d’un autre.

Le Xī Yǔ naît de ces passages.

Trois vers, trois mouvements

Le Xī Yǔ se compose toujours de trois vers.

Chacun possède une fonction particulière.

Le premier vers fait apparaître une présence

Une pierre.

Une main.

La pluie.

Une blessure.

Un arbre.

Une flamme.

Une natte vide.

Une page restée blanche.

Le poème commence dans le monde visible, audible ou sensible. Il doit offrir au lecteur quelque chose qu’il puisse voir, entendre, sentir ou toucher.

Le deuxième vers introduit un mouvement

Quelque chose se fend, descend, remonte, brûle, se déplace, résiste, revient ou disparaît.

Ce mouvement peut appartenir au corps, à la nature, à la mémoire ou au sentiment.

Il relie ce qui semblait séparé.

Le troisième vers laisse une résonance

Il ne donne pas d’explication.

Il ne livre pas de morale.

Il ouvre une question, révèle une contradiction ou laisse derrière lui une trace.

Le poème s’achève, mais son mouvement continue dans le lecteur.

Un seuil, et non un résumé

Les Xī Yǔ sont placés au commencement des chapitres.

Ils n’en dévoilent pourtant jamais directement l’événement central.

Avant la lecture, ils peuvent sembler mystérieux.

Après le chapitre, les mêmes mots acquièrent une profondeur différente.

Ainsi, au début de L’Enfant de la Foudre, le lecteur découvre :

Brume sur les toits.
Avant que le village parle,
une enfant écoute.

Ces trois vers présentent un paysage, mais aussi la disposition intérieure de Mei.

Elle ne possède encore ni système, ni carte, ni doctrine. Elle écoute ce que les autres ne regardent pas. La brume n’est pas seulement celle qui recouvre le village : elle représente aussi ce que le corps humain n’a pas encore révélé.

Plus tard, lorsque le savoir commence à se transmettre, un autre Xī Yǔ apparaît :

Trois voix autour du feu.
Aucune ne possède le vrai.
Ensemble, elles témoignent.

Le chemin parcouru est déjà immense.

La découverte n’appartient plus à une enfant solitaire. Elle devient une mémoire partagée, mais aucune voix n’a encore le droit de se présenter comme la vérité entière.

Une poésie du corps et du vivant

Le Xī Yǔ fait souvent se rencontrer deux réalités :

  • la nature et le corps ;
  • la blessure et le chemin ;
  • la main et la responsabilité ;
  • l’instant et la mémoire ;
  • le silence et la parole ;
  • l’observation et le doute ;
  • la disparition et la transmission.

Il ne s’agit pas seulement de placer une image naturelle à côté d’une émotion humaine.

Les deux doivent agir l’une sur l’autre.

Une rivière peut éclairer la circulation sous la peau.

Une montagne peut faire apparaître le relief d’un dos.

Un arbre fendu peut rappeler une blessure qui ouvre un passage inattendu.

Une page blanche peut contenir le droit des générations futures à répondre.

Dans le dernier tome, cette page devient elle-même un Xī Yǔ :

Une page sans encre.
Ceux qui viendront après nous
auront le droit d’y répondre.

Le silence n’est plus alors un vide à remplir.

Il devient une place laissée volontairement à l’autre.

Une évolution à travers les douze tomes

Les Xī Yǔ ne seront pas une simple succession de poèmes indépendants.

Chaque volume possédera sa propre couleur poétique.

Dans L’Enfant de la Foudre, ils naissent de la brume, de la pluie, des blessures, des mains et de la pierre noire.

Dans Les Pierres du Guérisseur, ils parlent du deuil, de l’héritage et de ce que l’on reçoit sans pouvoir le posséder.

Dans Les Routes du Vent, ils commencent à voyager.

Dans Les Os du Dragon, le corps devient territoire, montagne et rivière.

Dans La Maison des Archives, les fragments, les clés, les copies et les noms effacés interrogent la mémoire.

Dans Le Chant des Cinq Souffles, les contraires apprennent à se répondre.

Dans Le Sang et le Souffle, la poésie rencontre la lame, le pouvoir, la perte et le pardon impossible.

Dans Le Sage des Montagnes, le corps devient lui-même un chemin de soin.

Dans Les Cent Écoles, les mots et les doctrines doivent revenir vers la chair.

Dans Les Héritiers du Dragon Jaune, le savoir sort des maisons et accepte de circuler.

Dans Le Pavillon des Trois Sources, les cendres et les voix oubliées imposent l’urgence de transmettre.

Enfin, dans Le Livre des Vivants, les poèmes accompagnent l’ouverture du Coffret, la disparition des Veilleurs et la restitution du savoir à ceux qui viendront après eux.

Chaque tome formera ainsi un chant autonome.

Mais, lus les uns à la suite des autres, les Xī Yǔ composeront également un second récit, plus discret que celui des romans.

Le récit d’un savoir qui naît dans une main, traverse les générations, risque plusieurs fois de disparaître, puis accepte enfin de ne plus appartenir à ceux qui l’ont protégé.

Une forme poétique avec ses propres règles

Pour conserver son identité, le Xī Yǔ obéit à quelques principes.

Il comporte toujours trois vers.

Il reste bref, généralement entre douze et vingt-cinq mots.

Il commence par une image concrète.

Il introduit un mouvement.

Il se termine par une ouverture plutôt que par une conclusion.

Il ne résume pas.

Il ne donne pas de leçon.

Il ne cherche pas à impressionner par des mots abstraits.

Il évite autant que possible de nommer les personnages, afin que le poème puisse dépasser l’événement particulier.

Il doit pouvoir être compris seul, mais recevoir une seconde vie dans le chapitre qu’il accompagne.

Il montre avant d’expliquer.

Il écoute avant d’affirmer.

Il conserve une place pour ce qui résiste.

Quelques Xī Yǔ

L’arbre fendu fume.
Sous une peau immobile,
la chaleur cherche sa route.

Une clé dans le bois.
La porte a perdu son nom.
Le manque reste ouvert.

Deux mains sur le même corps.
L’une écoute ce qui se cache,
l’autre ce qui peut s’ouvrir.

Le livre est refermé.
Sous la main d’un inconnu,
le corps répond toujours.

Ces poèmes appartiennent à des époques et à des personnages différents.

Ils sont pourtant reliés par une même attitude : ne jamais considérer que le corps, la mémoire ou le vivant ont livré leur dernier mot.

Pourquoi créer une nouvelle forme ?

Créer une forme poétique ne consiste pas seulement à lui donner un nom.

Il faut lui offrir une nécessité.

Les Xī Yǔ sont nés parce que les chapitres des Veilleurs du Souffle avaient besoin d’un seuil.

Un espace très bref entre le titre et le récit.

Une respiration permettant au lecteur de quitter son propre monde avant d’entrer dans celui des Veilleurs.

Ils sont également nés d’une conviction portée par toute la saga :

Ce qui est transmis ne demeure vivant
que s’il conserve le droit d’être interrogé.

Le Xī Yǔ ne ferme donc jamais complètement son image.

Il laisse une porte.

Il accepte le doute.

Il reconnaît qu’un autre lecteur, un autre corps ou une autre génération pourra entendre dans ses trois vers quelque chose que son auteur n’avait pas entièrement prévu.

Les premiers mots d’une forme appelée à vivre

Les Xī Yǔ sont nés dans Les Veilleurs du Souffle, mais ils ne sont pas condamnés à y rester enfermés.

Cette forme pourra accueillir d’autres paysages, d’autres gestes et d’autres expériences.

Un Xī Yǔ pourra naître d’un deuil, d’une naissance, d’une rencontre, d’une promenade, d’un soin, d’une œuvre transmise ou d’un instant quotidien soudain regardé autrement.

Il ne sera pas nécessaire de connaître la saga pour en écrire.

Il faudra seulement respecter son mouvement essentiel :

faire apparaître, mettre en relation, laisser résonner.

Les Éditions L’Ancrage souhaitent ainsi offrir aux lecteurs non seulement une série de romans, mais également une forme poétique qu’ils pourront découvrir, prolonger et, peut-être, s’approprier.

Car le Xī Yǔ n’a pas vocation à devenir une règle enfermée dans un Coffret.

Il est né pour circuler.

Le haïku saisit l’instant.
Le Xī Yǔ écoute ce qu’il éveille.
Puis il rend le silence au lecteur.

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